Lundi c'était la rentrée.
Ce qui veut déjà dire que ce billet, j'ai un créneau de 12 minutes pour l'écrire, et ça ne va clairement pas être suffisant vois-tu. C'est que je suis débordée. Enfin spécifiquement, pour être précise, je suis sous l'eau. Glou glou glou. Vendredi matin j'étais dans ma classe à 7h00, parce que mes 10 heures de boulot mercredi n'ont pas suffit, si ce n'est pas malheureux ça quand même. Il faut bien avouer que ranger à fond la bibliothèque de l'école pour la 4ème fois depuis que je travaille sur ce poste, c'est un peu agaçant. Deux heures à tout trier les bacs à 3 instits. Le prochain adulte que je chope à me mettre le dawa dans les bouquins, je préviens que je sors le chalumeau. Et ce ne sera pas pour cramer les bouquins, j'ai du respect pour l'oeuvre écrite, même si je n'ai pas réussi à benner tous les Tchoupis et tous les Petit Ours Brun (je le fais discrètement, un à un, hop hop hop, REDRUM REDRUM REDRUM).
C'est la rentrée, donc.
Moi la rentrée ça ne me fait plus ni chaud ni froid.
Ca me pète mon rythme de sommeil, ainsi que mon calendrier de matage de séries, ça nique mon temps libre, et ça crève mes vacances, qui se seraient bien vues vivre un peu plus longtemps, mais sinon, à part ça, ni chaud ni froid.
La plupart des collègues enseignants à l'approche de la rentrée sont pris de maux divers allant du bidenvrac à l'insomnie totale, celle qui te fait mariner dans mais ce métier est-il fait pour moi, et les 4eme B auront-ils ma peau cette année, et le père de Machin va -t-il survivre s'il continue de me faire des remarques sexistes? (Réponse: non)
Moi: rien.
La veille de la rentrée, j'ai dormi comme un bébé, mon transit intestinal était proche de la perfection, et mes angoisses scolaires réduites à néant: de l'avantage d'être dans une chouette équipe, dans une toute petite école de 3 classes, avec des gamins fabuleux, et des parents essentiellement pas trop casse-nouilles.
Mes deux collègues ne me croient pas, et pire me prennent pour une crâneuse.
Alors que bon, pour moi, la rentrée, ça équivaut juste à "les affaires reprennent". Stout.
Je suis contente de retrouver les élèves, un peu moins de savoir que le mois de septembre va être un long mois de boulot glou glou glou glou.
Mardi matin, rentrée J2, j'étais à l'aise Blaise, ma classe de 27 monstrosaures est bien sympathique, je suis encore dans les clous de mon cahier journal, mon planning pour la période de sept semaines est bouclé, mes progressions sont faites, mes projets rédigés, tout roule ma poule.
Et là, c'est le drame.
La veille nous avions terminé notre projet "décorons le porte-manteau" et puis nous avions réalisé le fond de la page de garde du cahier de liaison, des jolies rayures aux couleurs douces, merci les craies-gouache. J'avais prévu, dans ma folle confiance en ma personne et en mon professionnalisme sans faille (ahahah) et ma pédagogie de pointe à base de on y va, on verra bien ce que ça donne, de faire ajouter sur le fond un petit monstre noir, réalisé avec de l'encre soufflée. On allait y ajouter des yeux mobiles parce que je suis une maîtresse trop le fun tu vois.
Encre noire.
Soufflée à la paille.
Seule avec 27 gnomes.
J'étais tranquille, mais alors, zéro doute à l'horizon, je gère la fougère, on est dans les rails on a dit, on est bon, on y va.
Les 27 machins sont assis aux tables, sur lesquelles j'ai mis des nappes.
Les 27 bidules n'ont pas mis de blouse, parce que déjà ils n'en ont pas encore apporté, ensuite ce sont des grands oh, et puis bon il ne doit pas y avoir de contact direct avec l'encre, puisqu'on souffle dessus.
Je pense honnêtement que mon cerveau ne devait pas être oxygéné correctement, c'est la seule explication possible.
Je distribue les fonds.
Je passe à chaque table déposer une grosse goutte d'encre noire sur chaque feuille et donner une paille - que je compte laver et réutiliser, écologie oblige, les océans, la vie marine qui s'étiole...
Et je laisse les élèves faire.
Très rapidement je réalise que mon idée de départ n'était pas une bonne idée, et que j'aurais du la tester préalablement. Autant les encres soufflées pour faire un fond c'est toujours une réussite, je le fais depuis des années, autant créer quelque chose de spécifique avec quand parfois on n'a pas encore 5 ans, ça relève de l'exploit.
Pour résumer: il y a un gros blob noir sur chacun des jolis fonds colorés.
Pour résumer davantage: c'est super moche.
C'est au moment où je dis aux élèves que je me suis trompée, que c'est super moche, qu'on va faire autre chose, mettez-moi tout ça à la poubelle, que j'oublie cette infamie - oui même les pailles * - que je réalise ma 2ème erreur.
Le petit H, qui était déjà dans ma classe l'année dernière chez les moyens, était tout le temps coaché par l'ATSEM pour les activités plastiques.
Et là, il est... livré à lui-même.
C'est un enfant super sympathique, bonne bouille, gentil, plein de copines, toujours partant, bonne composition. Et également un désastre cataclysmique, là où il va, les désastres pleuvent. C'est karmique je crois.
Et donc mon petit H. il ne sait pas souffler dans une paille.
Enfin, en première instance, il ne sait pas.
Par contre, quand il a avalé un peu d'encre, parce qu'il a aspiré au lieu de souffler, là, instinctivement, il sait.
Et donc ses voisines - je vous ai dit qu'il a plein de copines? - sont constellées d'encre noire.
Et elles ne portent pas de blouse.
Sinon ce n'est pas drôle.
Je suis mortifiée.
Je n'ai aucune idée de si ça part au lavage ou pas - les autres coloris de la même marque, oui - et j'appréhende à juste titre l'ire parentales des donzelles dalmatiennes.
Pour l'instant, je n'ai eu aucun retour des parents, ni jeudi, ni vendredi.
Ma réunion de rentrée a lieu à 19h mardi, ayez une pensée émue pour ma personne, j'ai un gros doute en ce qui concerne ma survie.
Bref, dans tous les cas, cette année, rentrée J2, j'ai pris une bonne bonne bonne leçon d'humilité.
Ce qui est souvent le cas quand on merdoie dans les grandes largeurs.
Je rassure les foules en détresse, nous avons refait le joli fond en 5 minutes chrono, et l'après-midi nous avons dessiné au marqueur noir un bonhomme et nous l'avons colorié aux posca, et c'était tellement beau que je me suis dit que j'étais quand même une super maîtresse, et au passage je suis tombée amoureuse de cette classe si douée et si sympathique.
Tout est bien qui finit bien, mais faisons quand même une bonne grosse prière des familles au Dieu des Machines à Laver. C'est plus sûr. Et au Dieu Vanish, aussi.
* les pailles sont parties à la poubelle avec les fonds massacrés, et ma culpabilité en a été tellement HENAURME, que j'ai instauré un bac de tri dans ma classe, pour le papier et le carton, auquel les ATSEMs n'ont pas le droit de toucher, et que je porterai moi-même au recyclage. Karma, entends ma longue plainte, je suis désolééééééée.
Les Monstrosaures... J'adore ! J'avais déjà le Canaprout et pis Dans ton chamallow, le tout Made in Angel... Vite il faut que tu copyright !
RépondreSupprimerNaaaaaaaa mais je crois que les monstrosaures je suis pas preum's sur l'affaire hein!
SupprimerAngel, vous êtes fabuleuse.
RépondreSupprimeroh bah ça c'est gentil mais sûrement un peu beaucoup faux ^^
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