vendredi 20 septembre 2019

Procrastination

Attention ce billet risque d'être blindé de tout et n'importe quoi, car comme son nom l'indique il a comme mission de retarder le moment où je dois continuer de bosser, et bosser, franchement j'ai tellement pas envie, mais là je n'ai pas le choix.

Ah mais pourquoi je n'ai pas le choix? Beh figure-toi ami.e lecteur.trice, que ce mardi j'ai commis la tragique erreur, suite à une petite remarque de ma directrice, de consulter en pleine classe mon webmail académique, et j'ai pu constater, entre deux bouffées de chaleurs et trois sueurs froides, en totale crise de panique, que ma nouvelle inspectrice, réputée bienveillante et charmante, avait décidé d'assoir son auguste fessier labellisé Education Nationale sur les conventions du nouveau plan d'inspection - rebaptisé rendez-vous carrière, mais crois-moi c'est une inspection - et donc de venir vérifier que je faisais bien le travail pour lequel je suis chichement payée, et ce le 25 février. Dans la logique des choses elle n'aurait pu venir qu'après le 12 avril, et elle finit ses visites fin mars, je me considérais donc sauvée. Que nenni, que pouic, que nada. La poisse.

Le point positif, que j'ai trouvé après m'être calmée, c'est que de le savoir 5 mois à l'avance, ça me permet d'être hyper carrée et préparée, meuf zyva comment je t'attends, je vais être AU TAQUET comme jamais, et les mômes ils vont être au taquet aussi, ça va être GRAND.

Le point négatif, d'où l'attaque de panique - qui ne m'a pas empêchée de continuer avec les élèves, parce que je suis une professionnelle de la profession mes ptitzamis - c'est que ça me demande de rédiger au quart de pwal de tutu près le moindre écrit pédagogique. Et ouhla, il y en a des écrits pédagogiques. Les projets, les progressions, le cahier journal, de la paperasse j'en produis au kilomètre.

Le point positif n°2 c'est que je n'ai que les projets et progressions de la 1ere période à pimper façon la pédagogiiiiiiie c'est touuuuuuute mâââââ viiiiiiiiiiiie, et conséquemment de revoir la rédaction de 4 semaines de cahier journal, joie, bonheur, petites fiches de prep, et stabilos jolis.

Le point négatif n°2, c'est que Netflix pense que je suis morte, mes romans sont à rien d'appeler les secours, mes enfants sont prêts à m'abandonner sur le bord de la nationale pour changer de mère, vu que je suis moyennement aimable, et que mes chats aimeraient bien comprendre si je suis sérieuse là, meuf, tu bosses sur ton ordi un vendredi soir, tu n'as pas remarqué que c'était le week-end, ils sont où les câlins bordel?

Là maintenant tout de suite je suis sensée terminerde développer façon carte Michelin mon projet de période 1, et puis retaper mon planning de période à l'ordi parce que le crayon papier ça fait pas trop trop sérieux, et puis tiens, mettre au propre mon emploi du temps, celui que je suis que si le vent tourne un peu trop fort, sinon, non.
Le tout en plein mois de septembre où c'est bien connu, je n'ai habituellement rien à faire hein.

A la place, je procrastine. Attendez vous à ce que d'un moment à l'autre je décide qu'il faut impérativement qu'au choix je range à fond ma chambre, je réorganise les placards de ma cuisine, je m'occupe du bordel du placard de l'entrée, je repeigne des meubles ou que je trie toute ma paperasse en vrac à la one again dans des cartons amazon depuis 2012 I shit you not. Ou toutes les options les unes à la suite des autres. Ou toutes les options en même temps. Faudrait voir à pas trop me chercher, je suis capable du pire. Du pire!

A la place je regarde le coucher de soleil par la porte-fenêtre du balcon, et je m'extasie de voir passer 2 fois une chauve- souris, et je crie pour l'encourager: BOUFFE PLEIN DE MOUSTIQUES!  parce que tu comprends j'en ai tellement assez de me faire piquer, surtout que ces gros cons ils me piquent spécifiquement sur les doigts et sur les côtés des mains que je ne sais pas comment ça s'appelle, ma culture à des limites que ma connerie n'a pas. Rapport à la lumière de l'écran du smartphone ou celle du KindleFire. Enfoirés.
Tfassons j'ai développé la technique imparable pour les zigouiller.
Dans l'obscurité totale de ma chambre, j'allume seulement le faisceau de la lampe de poche de mon téléphone. Et j'attends. Obligatoirement il se pointe dans le faisceau. Et là, tel le ninja warrior de la mort qui tue, je lui brise la nuque. Il n'a même pas le temps de souffrir. Et jte jure c'est vrai, l'autre fois je l'ai niqué d'une main, et quand je l'ai rouverte, il était totalement intact, avec encore mon prélèvement sanguin à l'intérieur de son estomac de grosse pourriture, mais totally dead. Nuque brisée, obligé. Le ninja anti-moustique, c'est moi.

A la place, j'écris des conneries ici, parce que c'est plus rigolo que de rédiger des consignes détaillées et l'inventaire du matériel nécessaire à chaque activité. Je me retiens d'aller parler à mes plantes, d'entamer mes 2 nouveaux romans, de finir Umbelievable sur Netflix, de préparer la déco de la semaine prochaine dans mon bullet journal, ou juste de regarder mes poils de bras pousser.

Ce n'est pas sérieux, j'ai du travail, surtout que je veux absolument être d'équerre pour le 1er jour des vacances de la Toussaint, car c'est le jour qui me motive plus que tout, il a une importance que je ne dévoilerai que le moment venu, haaaaaaaaan le suspens haaaaaaaaaaan!

J'y retourne, ayez une pensée émue pour ma personne, et je vous bizoute fort

A très bientôt



dimanche 8 septembre 2019

Croissance

Depuis quelques mois entre mes fils, c'est tendu. Il faut dire que Patate étant entré dans l'adolescence, et LeZèbre essayant de s'en dépatouiller, ça n'aide pas. Patate est vraiment super pénible, il n'écoute rien ni personne, parle tout le temps, se croit arrivé sans même être encore parti. Franchement, il gonfle. Ca reste un humain formidable, mais un humain chiant. Ca va lui passer - on l'espère très très fort, mais en attendant, à subir, c'est éreintant. Il use.

LeZèbre et sa testostérone en folie ont donc très très souvent une folle envie de le marrave violemment. Comme LeZèbre travaille sérieusement sur pas taper le petit frère, il l'insulte à la place. C'est guère mieux, et c'est très très très grossier.  Et ça m'use.

L'autre jour, alors que nous étions tous les deux en train de papoter en cuisinant le repas du soir, j'en profite pour lui expliquer que les insultes ça n'aide pas, ça n'a pas de sens, aucune efficacité, et en plus c'est méchant et donc ça serait mieux de dire quelque chose de plus constructif. Je lui ai proposé, quand son frère l'exaspère, de le regarder du haut de ses 3 ans et 3 mois supplémentaires, et de lui asséner:

- Non mais il faut grandir, hein!

Depuis il l'applique quasi scrupuleusement.


Jeudi soir, je discute avec lui, il s'interroge sur les horaires de bus, il va dans un nouveau lycée dans la ville voisine, il doit prendre deux bus, c'est l'aventure, et si mercredi il a fait sa rentrée, jeudi il était dispensé de cours pour cause de rentrée des terminales. Et il se demande à quelle heure prendre le bus pour arriver à l'heure pour son premier cours à 8h30. Je lui suggère de partir à la même heure que mercredi, vu qu'il était arrivé pour 8h15, ça lui laisse un ptit quart d'heure de marge, ça devrait le faire. Et là, il me demande si les horaires du vendredi sont les mêmes que ceux du mercredi?
Bah. Euh. Oui. Mais enfin tu ne le savais pas? Et non, il ne le savait pas, il pensait que les horaires variaient tous les jours. Ahahaha, ça a beau faire genre c'est grand c'est balèze ça chausse du 43 et ça veut t'apprendre la vie, mais en fait, ça ne connait rien. Mais enfin, il était soulagé.

Vendredi matin, 6h30, seulement lui et moi de réveillés dans la maison, lui parce qu'il doit partir à 7h30 pour arriver à l'heure au lycée, moi parce que j'ai tellement de boulot qu'il faut que je sois à 7h10 max dans ma classe - j'y serais pour 7h05, youhou!
Il vient me voir dans ma chambre, pendant que j'ouvre mes volets:

- Tu trouves pas que les jours sont plus courts en ce moment?

Ahem. Je lui explique qu'à partir du 21 juin qui est le jour avec le plus de temps solaire de l'année, celui où le soleil se lève le plus tôt et se couche le plus tard, le temps solaire diminue un petit peu par un petit peu, chaque jour, pour arriver jusqu'au 21 décembre, jour le plus court de l'année. Il fait ah ouais, logique, ok, je savais pas. Cet enfant roupille au lycée, devait ronfler au collège, et regarder ses ongles pousser en élémentaire, je ne vois que ça. Je ne lui dis rien de tout ça, parce que ce n'est pas gentil, et puis il a le droit de ne pas aimer l'école après tout. Mais je ne peux m'empêcher de le taquiner un peu:

- Whaouh, hier soir tu as découvert les horaires de bus, ce matin tu découvres le calendrier solaire, ça va aller, tant d'informations d'un coup?

Il s'en va de ma chambre, sans se retourner, et depuis le salon je l'entends qui me dit:

- Non mais il faut grandir, hein!

Et bam dans ma tête.
J'étais hilare.

Ce gamin, l'humour le sauvera.


Humilité

Lundi c'était la rentrée.

Ce qui veut déjà dire que ce billet, j'ai un créneau de 12 minutes pour l'écrire, et ça ne va clairement pas être suffisant vois-tu. C'est que je suis débordée. Enfin spécifiquement, pour être précise, je suis sous l'eau. Glou glou glou. Vendredi matin j'étais dans ma classe à 7h00, parce que mes 10 heures de boulot mercredi n'ont pas suffit, si ce n'est pas malheureux ça quand même. Il faut bien avouer que ranger à fond la bibliothèque de l'école pour la 4ème fois depuis que je travaille sur ce poste,  c'est un peu agaçant. Deux heures à tout trier les bacs à 3 instits. Le prochain adulte que je chope à me mettre le dawa dans les bouquins, je préviens que je sors le chalumeau. Et ce ne sera pas pour cramer les bouquins, j'ai du respect pour l'oeuvre écrite, même si je n'ai pas réussi à benner tous les Tchoupis et tous les Petit Ours Brun (je le fais discrètement, un à un, hop hop hop, REDRUM REDRUM REDRUM).


C'est la rentrée, donc.

Moi la rentrée ça ne me fait plus ni chaud ni froid.
Ca me pète mon rythme de sommeil, ainsi que mon calendrier de matage de séries, ça nique mon temps libre, et ça crève mes vacances, qui se seraient bien vues vivre un peu plus longtemps, mais sinon, à part ça, ni chaud ni froid.

La plupart des collègues enseignants à l'approche de la rentrée sont pris de maux divers allant du bidenvrac à l'insomnie totale, celle qui te fait mariner dans mais ce métier est-il fait pour moi, et les 4eme B auront-ils ma peau cette année, et le père de Machin va -t-il survivre s'il continue de me faire des remarques sexistes? (Réponse: non)

Moi: rien.

La veille de la rentrée, j'ai dormi comme un bébé, mon transit intestinal était proche de la perfection, et mes angoisses scolaires réduites à néant: de l'avantage d'être dans une chouette équipe, dans une toute petite école de 3 classes, avec des gamins fabuleux, et des parents essentiellement pas trop casse-nouilles.
Mes deux collègues ne me croient pas, et pire me prennent pour une crâneuse.
Alors que bon, pour moi, la rentrée, ça équivaut juste à "les affaires reprennent". Stout.
Je suis contente de retrouver les élèves, un peu moins de savoir que le mois de septembre va être un long mois de boulot glou glou glou glou.


Mardi matin, rentrée J2, j'étais à l'aise Blaise, ma classe de 27 monstrosaures est bien sympathique, je suis encore dans les clous de mon cahier journal, mon planning pour la période de sept semaines est bouclé, mes progressions sont faites, mes projets rédigés, tout roule ma poule.

Et là, c'est le drame.

La veille nous avions terminé notre projet "décorons le porte-manteau" et puis nous avions réalisé le fond de la page de garde du cahier de liaison, des jolies rayures aux couleurs douces, merci les craies-gouache. J'avais prévu, dans ma folle confiance en ma personne et en mon professionnalisme sans faille (ahahah) et ma pédagogie de pointe à base de on y va, on verra bien ce que ça donne, de faire ajouter sur le fond un petit monstre noir, réalisé avec de l'encre soufflée. On allait y ajouter des yeux mobiles parce que je suis une maîtresse trop le fun tu vois.

Encre noire.

Soufflée à la paille.

Seule avec 27 gnomes.

J'étais tranquille, mais alors, zéro doute à l'horizon, je gère la fougère, on est dans les rails on a dit, on est bon, on y va.
Les 27 machins sont assis aux tables, sur lesquelles j'ai mis des nappes.
Les 27 bidules n'ont pas mis de blouse, parce que déjà ils n'en ont pas encore apporté, ensuite ce sont des grands oh, et puis bon il ne doit pas y avoir de contact direct avec l'encre, puisqu'on souffle dessus.

Je pense honnêtement que mon cerveau ne devait pas être oxygéné correctement, c'est la seule explication possible.


Je distribue les fonds.
Je passe à chaque table déposer une grosse goutte d'encre noire sur chaque feuille et donner une paille - que je compte laver et réutiliser, écologie oblige, les océans, la vie marine qui s'étiole...
Et je laisse les élèves faire.

Très rapidement je réalise que mon idée de départ n'était pas une bonne idée, et que j'aurais du la tester préalablement. Autant les encres soufflées pour faire un fond c'est toujours une réussite, je le fais depuis des années, autant créer quelque chose de spécifique avec quand parfois on n'a pas encore 5 ans, ça relève de l'exploit.

Pour résumer: il y a un gros blob noir sur chacun des jolis fonds colorés.
Pour résumer davantage: c'est super moche.

C'est au moment où je dis aux élèves que je me suis trompée, que c'est super moche, qu'on va faire autre chose, mettez-moi tout ça à la poubelle, que j'oublie cette infamie - oui même les pailles * - que je réalise ma 2ème erreur.

Le petit H, qui était déjà dans ma classe l'année dernière chez les moyens, était tout le temps coaché par l'ATSEM pour les activités plastiques.
Et là, il est... livré à lui-même.

C'est un enfant super sympathique, bonne bouille, gentil, plein de copines, toujours partant, bonne composition. Et également un désastre cataclysmique, là où il va, les désastres pleuvent. C'est karmique je crois.


Et donc mon petit H. il ne sait pas souffler dans une paille.
Enfin, en première instance, il ne sait pas.
Par contre, quand il a avalé un peu d'encre, parce qu'il a aspiré au lieu de souffler, là, instinctivement, il sait.
Et donc ses voisines - je vous ai dit qu'il a plein de copines? - sont constellées d'encre noire.
Et elles ne portent pas de blouse.
Sinon ce n'est pas drôle.

Je suis mortifiée.
Je n'ai aucune idée de si ça part au lavage ou pas - les autres coloris de la même marque, oui - et j'appréhende à juste titre l'ire parentales des donzelles dalmatiennes.

Pour l'instant, je n'ai eu aucun retour des parents, ni jeudi, ni vendredi.
Ma réunion de rentrée a lieu à 19h mardi, ayez une pensée émue pour ma personne, j'ai un gros doute en ce qui concerne ma survie.


Bref, dans tous les cas, cette année, rentrée J2, j'ai pris une bonne bonne bonne leçon d'humilité.
Ce qui est souvent le cas quand on merdoie dans les grandes largeurs.

Je rassure les foules en détresse, nous avons refait le joli fond en 5 minutes chrono, et l'après-midi nous avons dessiné au marqueur noir un bonhomme et nous l'avons colorié aux posca, et c'était tellement beau que je me suis dit que j'étais quand même une super maîtresse, et au passage je suis tombée amoureuse de cette classe si douée et si sympathique.
Tout est bien qui finit bien, mais faisons quand même une bonne grosse prière des familles au Dieu des Machines à Laver. C'est plus sûr. Et au Dieu Vanish, aussi.





* les pailles sont parties à la poubelle avec les fonds massacrés, et ma culpabilité en a été tellement HENAURME, que j'ai instauré un bac de tri dans ma classe, pour le papier et le carton, auquel les ATSEMs n'ont pas le droit de toucher, et que je porterai moi-même au recyclage. Karma, entends ma longue plainte, je suis désolééééééée.