vendredi 23 mars 2018

Stop

Arrive toujours un moment quand on est parent, où il faut dire stop. C'est un peu vital comme réaction. On ne sait jamais vraiment quand ça va te débouler dessus ce ras-le-bol généralisé, cette goutte d'eau infime qui va te faire basculer l'espace d'une micro-seconde de cet état de serpillère un peu épuisée à celui de boule de colère atomique, mais quand ça arrive, oh pétard, ce n'est pas la peine de résister. Il faut y aller, c'est nécessaire, il en va de ta survie mentale. Parce que ce qu'on ne te dit pas à la maternité quand on te tend ton premier marmot tout emmailloté joli joli, tout débarbouillé, c'est à quel point tu viens de mettre au monde non pas un rôti de 3,5 kg comme tu le croyais, mais bel et bien une sangsue qui n'aura de cesse de te vampiriser jusqu'à ce que tu la kickes en dehors de la maison, pour qu'elle aille vivre sa vie.

Et j'ai pondu trois sangsues.
Mon dieu, qu'avais-je fait?
Oublie ta tranquillité et ton intimité avec trois bidulotrucs qui te sollicitent en permanence. Oublie. Oui même Pixie qui est sensée être adulte - elle est toujours en rejet massif du concept, trouve encore tout à fait normal de venir me parler quand je suis aux toilettes, ou de m'envoyer des messages quand je travaille. La fameuse charge mentale des femmes dans le couple, dont on parle pas mal - à juste titre - en ce moment? Elle est décuplée quand tu te retrouves célibataire avec tes trois mômes et leurs millions de sollicitations permanentes qui vont de la plus triviale - je n'ai plus de chaussettes! - à la plus angoissée - il est 8h03, tu pars à 8h05, on te tend le papier hyper important de la mort qui tue que tu dois signer là toussuite maintenant viiiiite, sinon a priori ton enfant entre en auto-combustion.

Nous étions dimanche, oui dimanche dernier, et alors que j'entre dans la douche, j'entends une fois de plus, une fois de trop, une petite voix qui me demande un truc, me réclame un machin, se plaint de Bidule, voudrait... STOP.
Je suis ressortie direct de la douche, me suis enroulée dans une serviette pour préserver ma dignité, et j'ai requis l'immédiate présentation dans le salon de la totalité de ma descendance. Vu le ton employé, ils se sont retrouvé le temps de le dire alignés comme à la parade, limite du plus petit à la plus grande.
J'ai utilisé ma voix de maman hyper pas contente, celle qui fait que tous les voisins se mettent au garde à vous et vérifient qu'ils ont bien rangé leur chambre et lavé leurs dents. Au cas où.
Et c'est parti:
A partir de là maintenant tout de suite, si je suis aux toilettes, sous la douche ou en train de m'habiller, vous NE POUVEZ PAS venir me parler  sauf en cas de vie ou de mort. Si ce n'est pas le cas, je sucre UNE SEMAINE de wifi au coupable. Essayez pour voir. J'espère que vous m'avez comprise.
Et je suis retournée prendre ma douche.
Dans un calme, mais un calme...
Tout est dans la voix.
Et dans la petite phrase qui tue " Essayez pour voir".
C'est la phrase qui signifie que tu ne rigoles pas et que tu es prêt.e à tout.


Il y a des fois, il faut vraiment dire stop.
J-6, j'ai toujours une paix royale.
Je vous tiens au jus.



 

3 commentaires:

  1. Tu peux m'envoyer un enregistrement pour que je m'entraine please?

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  2. Ne pas sous-estimer non plus la portée de la phrase "je sucre le wifi !

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  3. Je ne pouvais que m'y retrouver, et encore, je n'en ai que 2!
    Merci, pour le sourire que cela provoque.

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